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RÉFLEXIONS SUR LA VIE EN POLOGNESœur Jolanta Olech, USJK
Le montage que nous venons de voir nous a donné un bref aperçu historique qui situe bien mon exposé. Il nous a ramenées à cette année 1989 qui a apporté de profonds changements en Pologne et dans cette partie de l’Europe que l’Union Soviétique avait satellisée à la suite de l’Empire Russe. Ce changement tant attendu, désiré et préparé clandestinement, a pourtant pris tout le monde au dépourvu : personne ne s’attendait à ce que les communistes lâchent le pouvoir sans lutte, sans effusion de sang, de manière presque démocratique. La cause de ce changement fut les élections démocratiques - les premières depuis 60 ans que l’opposition avait négociées avec le parti en place. Un nouveau Parlement se forma, auquel appartenait un solide groupe de membres de Solidarnosc et le premier gouvernement démocratique fut mis en place. Nous n’avons pas le temps ici, d’analyser toutes les raisons de ce bouleversement gigantesque, cependant, il faut dire que ce fut l’un de ces miracles dont se sert la Providence de Dieu pour changer la face de la terre. Ces quinze dernières années ont été pour la Pologne une période magnifique, passionnante et difficile à la fois ; pleine de joie, de reconnaissance, d’espoirs et d’angoisses. Je me limiterai à trois aspects : la situation générale, l’Église dans la nouvelle réalité et la vie religieuse dans une Pologne libre.
Aujourd’hui la Pologne est un pays libre, démocratique, membre de l’Union Européenne. L’histoire de sa liberté n’a que 15 ans, aussi est-il facile de comprendre pourquoi il y a tant à faire dans tous les secteurs de la vie. Nous avons un Parlement (deux Chambres) élu au moyen d’élections législatives ; un Gouvernement habituellement formé par le parti vainqueur en coalition avec d’autres partis, et un Président qui a une fonction de représentation et qui gère les diverses situations. Au cours des 15 dernières années, les préférences politiques sont passées d’un extrême à l’autre (comme c’est le cas dans de nombreux pays), c’est-à-dire de droite à gauche (en dépit des expériences précédentes) et vice versa. C’est ce qui se passe encore à l’heure actuelle : après quatre années de la gauche au pouvoir, années qui furent secouées par des crises politiques, économiques et plusieurs ‘affaires’, deux partis issus de Solidarité ont remporté la victoire : l’un plus libéral et l’autre plus soucieux de réformes sociales. Le principal problème de ces années semble avoir été le manque de confiance de la population à l’égard de tous les partis politiques qui se disputent le pouvoir (la participation aux élections n’est habituellement que de 50%).
Notre pays a vécu des réformes radicales sur bien des plans : réformes politiques (clarification des diverses tendances politiques : de la droite, en passant par le centre libéral, à la gauche post-communiste et aux partis plus ou moins populistes) ; création d’un nouveau personnel administratif, libre de toute influence politique ; politique claire à l’intérieur du pays et à l’extérieur) ; réformes légales (adaptation de la législation à la nouvelle situation du pays, conformément aux normes européennes) ; réformes municipales (consistant à donner plus de pouvoir aux municipalités et aux régions), économiques (libre échange, privatisation des entreprises, des industries, des banques etc., politique financière, changements économiques avec leurs inévitables scandales et abus parfois liés à la mafia, nationale ou internationale) ; réformes sociales (réforme des services sanitaires, de l’éducation, des retraites, de la couverture médicale, de l’assistance sociale et du système social tout entier, héritage du régime communiste). Tous ces changements sont intervenus en même temps dans un pays complètement ruiné par 50 ans d’une administration de prédateurs. Un des résultats manifestes de la situation évoquée ci-dessus fut la fracture de la structure sociale, partagée entre des fortunes extravagantes et des zones de pauvreté ; l’ascension rapide des classes favorisées et l’écroulement de la classe moyenne ; tout cela accompagné d’un fort pourcentage (environ 45%) de personnes vivant au-dessous de la moyenne nationale et un chômage endémique atteignant les 20% ; des éléments de capitalisme sauvage (exploitation des travailleurs, bas salaires, marché noir) ; émigration, économique ou autre. Un autre effet de cette nouvelle situation fut la crise de la famille, causée par la difficulté de se procurer les nécessités de base de la vie, par la dénatalité qui crée des problèmes démographiques et par un sentiment de frustration engendré par l’expérience de tous ces changements. Des phénomènes difficiles et négatifs sur le plan politique et social ont engendré un sentiment de déception dans notre société. Nous pensions que la chute du communisme entraînerait automatiquement une amélioration de notre vie, avec plus de sécurité et de richesse. Pour beaucoup cependant, la réalité est devenue trop dure à porter ; d’où pour certains, un sentiment de nostalgie à l’égard d’un passé malheureux mais qui, semble-t-il, assurait une certaine stabilité. Aujourd’hui comme jamais, nous réalisons que le système communiste basé sur le mensonge a blessé de nombreux membres de notre société, creusant entre l’État et les citoyens un fossé causé par le manque de confiance dans le gouvernement, développant chez les gens une attitude revendicatrice pour ce qui touche les besoins de l’individu ; leur seule volonté est de survivre. Un effort de longue durée sera nécessaire pour guérir ces blessures profondes et faire la paix avec son passé. Il est souvent difficile de rappeler aux autres qu’ils doivent prendre leurs responsabilités pour le bien commun, faire preuve de solidarité et s’efforcer de travailler pour le bien des autres. En plus de ces blessures causées par un système de mensonge, les gens ont été affectés par le processus de sécularisation qui règne en Europe et le style de vie proposé par les médias. Ici, ce sont les jeunes qui en deviennent les principales victimes. Nous rencontrons beaucoup de problèmes de nature politique, économique et sociale. Il est impossible de les évoquer tous. Voici, semble-t-il, les points les plus importants:
§ Assurer d’urgence une stabilité politique, et la création par une personne sûre d’un programme à long terme (que des gouvernements qui changent sans arrêt sont incapables de produire) ; § Améliorer l’économie du pays, ce qui entraînerait une attitude de confiance face aux changements : diminution du chômage, sécurité économique pour les pauvres, particulièrement les familles nombreuses ; § Apporter une attention spéciale à l’éducation des enfants et des jeunes afin de leur donner des chances égales dans la vie ; § S’exercer au changement et stimuler chez les gens le sens de la responsabilité à l’égard de leur pays.
En même temps, il devient pensable d’acquérir progressivement la liberté et cela crée un élan pour une action plus dynamique, spécialement au sein de la jeune génération. Le pays change en mieux avec rapidité et dans toutes ses dimensions : volonté d’acquérir une meilleure éducation, esprit d’initiative, désir de construire une vie plus digne et créative pour soi-même et sa propre famille, intérêt et ouverture à l’égard du monde qui les entoure. Tout cela et bien d’autres choses encore, donne de l’espoir pour l’avenir. Pour le moment l’entrée dans l’Union Européenne n’a pas encore produit de changements substantiels, elle permet cependant d’espérer stabilité et paix dans cette région.
2. L’Église polonaise
Sous le régime communiste, l’Église représenta pour tous et de manière constante une institution très importante dans la société et digne de respect. Pourtant, elle était constamment harcelée. La période la plus difficile dura jusqu’en 1956 lorsque le parti au pouvoir essaya d’éradiquer la foi et de faire disparaître l’Église. La sagesse du Cardinal Stephan Wyszynski et l’attitude de la nation obtinrent la victoire dans cette lutte sans merci. Les années qui suivirent furent peut-être moins dramatiques bien que tout aussi dures. Les autorités changèrent leurs tactiques de combat, mais n’abandonnèrent en rien leur objectif principal. Puisqu’il n’était pas possible de détruire l’Église, il fallait l’affaiblir, discréditer son peuple afin que la nation perde confiance et même la foi. La perte progressive du pouvoir par le gouvernement s’accompagna d’un accroissement de liberté que l’Église sut utiliser pour son travail pastoral et pour aider la population. Les 50 années de domination communiste furent synonymes de vigilance constante. Nous vivions littéralement dans une forteresse assiégée. Malgré la situation difficile, la Pologne est demeurée un pays chrétien[1]. L’expérience du communisme lui a fait prendre davantage conscience de son identité. De plus, Jean Paul II fut sur ce point un facteur important. Il fut, et restera espérons-le, un don sans prix, un inspirateur et un soutien pour l’Église de Pologne, au temps du régime communiste comme durant la période de transition.
Pour l’Église en Pologne, recouvrer la liberté fut une chance et un défi importants. Une chance, car elle peut désormais vivre et travailler à ses objectifs sans être limitée par des lois injustes et sans interférence de la part des autorités. Mentionnons quelques-uns des changements intervenus :
§ Les relations Église-État ont été définies (sur la base de l’autonomie et de la séparation des deux entités), ainsi que les relations État-Vatican (rétablissement de la Nonciature, abandon des privilèges spéciaux du Primat, communication directe). Ceci a donné à toute l’Église et à ses communautés, une sécurité légale et la possibilité d’agir selon leur rôle et charisme propre. Nous avons cessé de vivre dans des conditions anormales. La vie ordinaire est revenue avec tout son poids.
§ Les diocèses ont été réorganisés et leur taille réduite pour faciliter le travail pastoral. De nouvelles métropoles ont été érigées. La Conférence des Évêques a revu ses statuts à la lumière des normes de l’Église universelle. Un diocèse aux Armées a été créé, donnant la possibilité de toucher des groupes de personnes jusque là hors d’atteinte (soldats, forces de police, militaires en uniforme, gardiens de prisons, etc.)
§ Il est devenu possible de développer le travail paroissial (en raison aussi d’un accroissement des vocations sacerdotales), de créer de nouvelles paroisses, de construire de nouvelles églises, de « quitter la sacristie » et de favoriser l’engagement des laïcs en créant de nouveaux organismes et mouvements, de nouvelles associations (tous interdits sous le régime communiste), d’organiser des activités caritatives à tous les niveaux (Caritas est redevenue une organisation ecclésiale responsable d’œuvres de charité dans le pays et impliquée dans l’aide aux victimes des catastrophes à travers le monde) ;
§ La religion comme matière d’enseignement a refait son apparition dans les écoles élémentaires et secondaires, conformément à la Constitution qui garantit la liberté du citoyen de professer sa foi. Il est devenu également possible de former davantage de catéchistes (y compris des catéchistes laïcs) et de mieux les préparer. De nombreux changements sont intervenus dans le travail pastoral au niveau des paroisses et dans le travail pastoral auprès des enfants et des jeunes.
§ L’Église peut désormais être plus active dans le travail académique et scientifique pour ce qui touche la vie de l’Église. La seconde Université Catholique a vu le jour, on a ouvert des collèges universitaires et des écoles supérieures; des facultés de théologie ont été adjointes à quelques universités de grandes villes. Ces écoles forment des professeurs à tous les niveaux y compris des catéchistes et des laïcs. De nouveaux centres d’édition ont été créés pour diffuser les ouvrages théologiques et spirituels (épuisés ou de tirage limité sous le régime communiste).
§ Au cours de ces 15 années, le réseau d’écoles catholiques s’est développé de l’école maternelle à l’université ; de nouveaux centres de renouveau spirituel et de formation chrétienne ont été créés. Des institutions de charité ont été réorganisées pour répondre à différentes sortes de besoins matériels et spirituels tels que l’éducation, la recherche d’emploi, l’aide aux marginaux. Les ordres religieux se sont beaucoup investis dans ces services de charité.
Il n’est pas possible de tout mentionner. Les années passées ont été riches, laborieuses et bien employées.
Les chances apportées à l’Église par la nouvelle situation s’accompagnent de défis. Nous essayons d’y faire face tout en étant bien conscients que nous devons les assumer pour le présent et pour l’avenir. En voici quelques-uns :
3. La Vie consacrée
Les personnes consacrées ont partagé étroitement la vie de l’Église tout entière. Sous le régime communiste elle devait se battre continuellement pour ne pas être liquidée et pour essayer en même temps de venir en aide à la population selon leur charisme propre. Cela exigeait une vigilance constante, un effort d’unité et de solidarité (la moindre faille pouvait être utilisée par les services secrets pour infiltrer la communauté), la souplesse (être capables d’entreprendre une nouvelle tâche lorsque les précédentes étaient interdites), être prêt(e)s à souffrir la persécution pour garder la foi et rester fidèles, et aussi faire preuve d’habileté. Par exemple, après la fermeture de toutes les institutions administrées par des communautés religieuses dans les années 1960 et le vote par le Parlement d’une loi permettant à chaque citoyen de s’occuper de cinq enfants sans lien de parenté (on manquait d’écoles maternelles), les religieuses ouvrirent des lieux d’accueil de ce type pour les enfants. C’est de ces nids que sont nés les jardins d’enfants d’aujourd’hui. Je dois dire cependant que par rapport aux autres pays, notre vie en Pologne était plutôt normale, en particulier à partir des années 1970. Nous pouvions accueillir et éduquer des jeunes. Nous pouvions faire du travail pastoral avec certaines limites mais en général selon notre charisme. Nous pouvions aussi contacter les gens d’autres pays pour échanger des idées avec l’Église universelle et le monde. Pendant les 15 dernières années, la Vie consacrée en Pologne a partagé tous les problèmes et les activités de l’Église mentionnées plus haut. Sa principale préoccupation était de revenir aux charismes d’origine et de pénétrer des sphères de vie jusque là inaccessibles. Nous sommes aujourd’hui 25.000 religieuses (réparties en 2570 communautés) et 13.000 religieux appartenant à plus de 250 instituts de Vie consacrée. La plupart de ces instituts existent en Pologne depuis des siècles ou plusieurs décades. Ces vingt dernières années, de nouvelles communautés (plus de 50 pour les religieuses et une bonne douzaine pour les religieux) ainsi que de nombreux mouvements religieux appartenant à la Vie consacrée ont vu le jour. Il existe quatre Conférences de Supérieur(e)s Majeur(e)s de religieux et religieuses : la Conférence des instituts de religieuses, celle des contemplatives cloîtrées, celle des instituts laïcs et celle des religieux. Les Conférences travaillent ensemble ; tous les trois ans par exemple, elles organisent un symposium pour discuter de sujets actuels (en 2006 le principal thème portera sur le 40e anniversaire de l’aggiornamento). De nouvelles formes de Vie consacrée ont également été introduites, telles que les ermites et les vierges consacrées. Parmi les instituts, 100 d’entre eux sont membres actifs de la Conférence des Supérieures Majeures. Les Assemblées Générales ont lieu deux fois par an. Elles se préoccupent surtout de la formation et de la réflexion sur des problèmes actuels de la Vie consacrée et de l’Église. Le Conseil Exécutif se compose de 8 membres représentant divers charismes, d’un secrétariat (3 sœurs : une secrétaire générale, une secrétaireadjointe et une juriste) et de 9 commissions[2] . La Conférence travaille en lien étroit avec le personnel diocésain qui s’occupe de la vie religieuse. Une représentante de la Conférence des Supérieures Majeures des Religieuses Cloîtrées participe également au travail de notre Conseil Exécutif. Depuis trente ans, il existe plusieurs formes de collaboration permanente entre les différents instituts : chaque année, un cours de formation d’une semaine pour les nouvelles supérieures ; une rencontre annuelle de formation pour les maîtresses des différents niveaux de formation ; des rencontres annuelles (formatives et professionnelles) de divers groupes de sœurs organisées en commissions (y compris administrative), et un inter-juvénat à Varsovie. Pendant les 20 dernières années, en collaboration avec les instituts masculins, des cours de deux ans ont été organisés pour les responsables de formation. L’accès aux universités étant désormais plus facile, cette collaboration est en passe de prendre fin. Cependant, nous pensons organiser des rencontres de formation permanente pour des groupes de religieuses appartenant à ce qu’il est convenu d’appeler le « second et le troisième âges » Comme je l’ai déjà mentionné, la Vie consacrée en Pologne a tiré profit d’une atmosphère favorable pour relever avec enthousiasme et créativité les défis qui s’adressaient à l’Église entière. Pour nous, personnes consacrées, le plus grand des défis était de revenir à nos charismes. Nous avons dû lâcher nombre de nos activités qui, sous le régime communiste, devaient être plus ou moins semblables pour tous les instituts religieux. Sans regarder aux dépenses, nous avons dû rebâtir nos propres institutions afin d’assurer notre présence dans la société, préparer les gens et revenir à nos traditions, et en même temps prendre en considération les besoins et les demandes du moment. Ce processus n’est pas encore terminé. Il inclut une collaboration croissante avec les laïcs, non seulement du point de vue professionnel mais en partageant avec eux nos charismes et notre spiritualité. Tout en revenant à l’œuvre traditionnelle, il nous faut penser à inventer de nouvelles manières de servir les autres, par exemple en organisant des centres spirituels dans nos instituts. Il existe aussi d’autres modèles de service difficiles à classer dans des catégories précises (comme le fait de s’occuper des enfants abandonnés, des sans-abri et des gens qui ont faim, des enfants de familles pauvres ou éclatées). Un plus grand engagement dans l’activité oecuménique s’avère grandement nécessaire (en Pologne il n’y a pas tellement de communautés non-chrétiennes), ainsi que dans les relations ouvertes avec les non-croyants. De plus, nous manquons de temps pour établir des projets. Tout doit se faire « en marchant... ». En fait, les gens attendent que les personnes consacrées agissent et leur apporte une aide réelle. Nous nous demandons constamment : « Est-ce que nous faisons vraiment ce que Dieu et les autres attendent de nous ? Sommes-nous assez généreuses ? Existe-t-il d’autres aréopages à conquérir ? » Nous sommes constamment stimulées à nous engager dans l’aggiornamento de nos communautés. Il est certain que les 40 années qui ont suivi le Concile Vatican II n’ont pas été aussi turbulentes en Pologne qu’à l’Ouest en ce qui concerne les instituts religieux. Les conditions de vie y étaient différentes. Notre préoccupation à survivre laissait peu de place à l’exploration et à l’expérimentation. Néanmoins, toutes nos communautés ont alors travaillé les documents de Vatican II et plus tard, les documents de l’Église, revoyant le Droit Canon, étudiant les changements apportés dans le style de vie, les relations mutuelles et la formation. Il n’y a pas eu de changements révolutionnaires (pas plus que maintenant d’ailleurs), mais ils existent cependant et nous font chercher jusqu’où nous devons aller dans l’expression de notre fidélité créative à l’égard de l’Église, des gens d’aujourd’hui et de notre charisme. En même temps, nous réalisons que ce que l’époque actuelle attend certainement de nous, c’est de témoigner de l’invisible, de vivre vraiment l’Évangile. Nous savons que même si nous faisons beaucoup et que l’on s’attend à ce que nous en fassions davantage, la survie de nos communautés dépend de la qualité de la vie personnelle de chacune de nous en matière de foi, d’espérance et d’amour. C’est pourquoi dans notre programme d’aggiornamento et dans les diverses manières de nous entraider, nous sommes si attentives à bien former notre mentalité et à nous former spirituellement, à créer une relation personnelle avec Dieu et des relations de frères et de sœurs à l’intérieur de nos communautés, afin d’établir un équilibre entre les exigences de la consécration et de l’action. L’un des plus grands défis dans notre vie est un appel à la formation à tous les niveaux (supérieures, responsables de formation permanente et formation initiale dans toute son intégrité et dans toutes ses dimensions - humaine, chrétienne et religieuse) en ces temps présents qui ne sont pas toujours faciles à comprendre. Le problème est (comme toujours) d’aider à former aujourd’hui, et pour aujourd’hui, des personnes mûres, enracinées en Dieu et dans leur charisme et qui soient en même temps capables d’entreprendre les tâches exigées par les temps actuels et d’en relever les défis. Nous essayons de coopérer entre communautés et instituts. Quels sont les effets de nos efforts ? Il n’est pas facile d’exprimer une opinion. Ils sont certainement marqués par des joies, des peines et parfois des échecs.
Les vocations. En Europe, on pense que la Pologne est un pays où il y a beaucoup de vocations. C’est juste, mais cela est surtout vrai des vocations sacerdotales et ensuite (bien que dans une moindre mesure) des vocations dans les instituts de religieux. En ce qui concerne les instituts de religieuses, nous avons connu une forte croissance uniquement à la fin du XIX° siècle, dans la première moitié du XX° siècle et aux alentours des années 1970, 1980. Après la seconde guerre mondiale les vocations n’étaient plus assez nombreuses pour compenser le nombre de religieuses qui retournaient à la maison du Père après une longue vie. Ces dernières années nous avons enregistré une baisse des vocations, spécialement dans les communautés qui en avaient toujours eu beaucoup. Cela vaut aussi pour la vie cloîtrée. Il est difficile d’en trouver la raison. Chaque communauté doit simplement y faire face. En entendant ce qui a été dit jusqu’à présent, vous vous demandez probablement si tout ceci n’a pas été présenté de manière trop optimiste. Nous connaissons les mêmes difficultés et les mêmes problèmes que les religieuses du monde entier. Nous faisons aussi l’expérience que les temps que nous vivons sont une période de transition et de crise (que nous espérons être une crise de croissance…). Parfois, nous sentons une lassitude et nous manquons d’enthousiasme. Nous remarquons en nous-mêmes et dans nos communautés des tendances à la sécularisation, qui se manifestent par l’affaiblissement de la foi et de l’espérance, l’individualisme, la recherche d’une vie plus facile, une plus grande attention à soi-même qu’aux autres, un embourgeoisement qui recherche stabilité et confort. Il n’est pas toujours facile de renoncer au succès matériel par solidarité avec ceux qui sont dans le besoin. Nous avons peur de gravir un autre aréopage car cela nous demanderait du courage et de prendre des risques. Nous nous tracassons de la baisse des vocations et du manque de fidélité, mais souvent, nous ne savons pas gérer le problème, spirituellement en particulier. Parfois nous sentons que nous ne sommes pas assez appréciées de la communauté ecclésiale, et quelquefois, pas assez considérées comme des femmes consacrées. Je pourrais continuer la liste des préoccupations, blessures et dilemmes. Cependant, comme on nous l’a rappelé au Congrès Mondial de l’année 2004, nous réalisons que c’est en retrouvant et en faisant grandir dans nos cœurs (où elle luit certainement déjà) la passion pour Jésus Christ et pour l’humanité, que nous trouverons le meilleur remède à nos soucis. [1] Environ 95% des Polonais se disent catholiques. Il existe aussi des minorités religieuses, mais pas en très grand nombre (musulmans compris). Après les catholiques, les groupes les plus importants sont les orthodoxes et les protestants appartenant à différentes confessions (environ 2%). 2% de la population se déclarent athées. Ces chiffres sont le fruit de recherches sociologiques récentes. 60% des catholiques environ participent régulièrement à la vie de l’Église et vont à la messe le dimanche, ce qui n’entraîne pas nécessairement une attitude cohérente dans la vie de tous les jours comme partout ailleurs dans le monde. Jusqu’à la fin du lycée, la religion est enseignée aux enfants et aux jeunes par quelques milliers de catéchistes prêtres, religieux et religieuses, laïcs. La formation religieuse est également proposée dans les paroisses et permet un approfondissement. Il y a 44 diocèses en Pologne ; ceux-ci comprennent le Diocèse aux Armées, deux diocèses gréco-catholiques, et une prélature personnelle de l’Opus Dei. Les évêques sont regroupés en Conférence épiscopale. Nous avons environ 23.000 prêtres, 5.000 religieux prêtres et 10.000 paroisses. [2] Commissions vie religieuse, vocations, formation, éducation, missions, œuvres caritatives, service santé, ministère paroissial, administration-droit |
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