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CONGRÈS MONDIAL DE LA VIE RELIGIEUSE Rome 22-27 novembre 2004
PAROLES DE BIENVENUE
Chères sœurs et chers frères ! Bonjour !
C’est le cœur rempli d’une joie immense que nous vous accueillons, toutes et tous, participantes et participants de ce Congrès de la Vie Consacrée.
Apportant notre soif de profondeur et de renouvellement, nous venons de nombreux points de notre planète boire l’eau du puits qui nous donne vie et espérance.
Le monde, et spécialement les pauvres, attendent de nous - religieuses et religieux que nous soyons des femmes et des hommes d’espérance ; de cette espérance qui leur apporte lumière et force pour continuer à lutter pour leur dignité et donne à leur vie plus de sens et plus de joie. Espérance chrétienne, pouvons-nous dire, celle qui s’accompagne de foi et de charité ; espérance née de la Résurrection de Jésus, et qui, face à l’oppression et à la mort, crée un nouvel espace pour la vie.
Nous sommes ici pour représenter la Vie Consacrée du monde entier. Participent à ce Congrès, 95 religieux et religieuses du Continent Africain ; 250 d’Amérique du Sud, d’Amérique Centrale et du Nord ; 92 du Continent Asiatique ; 16 d’Océanie et 394 d’Europe. Au total, 847 religieuses et religieux des cinq continents : membres de curies générales, président(e)s de conférences nationales et continentales, théologiennes et théologiens, jeunes, responsables de centres spirituels et de plusieurs revues… Parmi nous, il y a aussi des invité(e)s spéciaux/ales : évêques, membres de la Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique, représentant(e)s de mouvements d’Église.
À tous et à chacun, chacune : Bienvenue !
La réussite de ce Congrès, nous en sommes conscient(e)s, dépend de chacun et de chacune de nous. Elle dépend de notre participation active et effective, indépendamment de la catégorie dans laquelle nous sommes inscrit(e)s. C’est pourquoi nous désirons vous inviter à vous sentir ici chez vous et à créer ensemble un esprit d’ouverture, de simplicité, de spontanéité et de joie, un climat de participation dynamique. Dans ce climat, il est important que notre écoute se fasse active, et attentive à la voix de l’Esprit qui va se révéler en chaque participant(e), à travers ce dialogue entre les différentes cultures et expressions de la Vie Consacrée. Une écoute qui nous conduira à accueillir et à opérer les changements nécessaires exigés par les temps actuels.
Bienvenue aussi à tous et à toutes pour un partage des souffrances, des frustrations, des angoisses, des recherches, des réalisations, des rêves et des espérances qui débordent de nos cœurs.
Soyez les bienvenu(e)s pour ouvrir de nouveaux horizons et infuser le dynamisme de l’avenir à notre histoire, avec la conviction et le courage prophétique de nos fondatrices et fondateurs.
Ce que sera le fruit du Congrès, nous ne le savons pas. Mais ce que nous savons c’est que nous voulons découvrir des alternatives pour notre réalité actuelle. Nous voulons prendre un chemin qui rende active notre présence et donne force à l’espérance d’un autre monde possible, plus juste et solidaire afin que les relations politiques, économiques, affectives, religieuses soient conformes au projet du Règne de Dieu.
Sachant que celui qui suit les pas de Jésus de Nazareth, avec Lui aussi défie les impératifs de mort et de pouvoir des oppresseurs de ce monde, nous voulons risquer de perdre notre propre vie pour que d’autres aient « la vie, et qu’ils l’aient en abondance » (cf. Jn 10, 10).
À l’exemple du Christ qui, bien que « de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave » (cf. Ph 2, 5-11), la Vie Consacrée est appelée à se dépouiller de tout ce qui a emprisonné sa force prophétique ; à commencer par ses idées sur Dieu, bien souvent éloignées de la réalité et de l’expérience des personnes. La Vie Consacrée doit aussi se dépouiller de l’image qu’elle a d’elle-même, de cette image si souvent prisonnière des murs de son apparente sécurité, qui l’éloigne et la rend étrangère à la souffrance et aux cris des pauvres.
En contemplant la réalité du monde d’aujourd’hui, de nombreuses questions se posent à nous : Quelle vie consacrée l’Esprit Saint suscite-t-il aujourd’hui ? Comment l’identifier, la décrire, la proposer- et la vivre ? Comment diagnostiquer ce qui bloque son existence ? À quel « puits », à quels « chemins » conduit cette vie consacrée qui se fait jour ? (Instrumentum Laboris n° 15) Nous répondrons à ces questions et à d’autres encore pendant ces jours. Nous voulons être à l’écoute, et entendre les réponses que nous inspirera l’Esprit. Nous voulons aussi nous ouvrir aux questions que nous ne nous sommes pas encore posées.
L’Instrumentum Laboris nous indiquait une série de défis: « A l’intérieur de l’humanité et de l’Église, nous vivons, comme consacrés, des moments cruciaux. Nous avons à prendre des décisions de grande importance pour l’avenir immédiat. [Il est urgent d’adopter des attitudes d’espérance, de justice et de solidarité afin que tous les hommes et toutes les femmes de notre temps puissent mener une vie digne]. S’imposent à nous des options décisives : nous pouvons favoriser la vie ou la rendre difficile, croître dans la communion ou créer plus de distance entre nous, nous laisser vaincre par les difficultés ou leur faire face. Nous n’avons pas de temps à perdre. Les nouvelles réalités demandent de nouvelles réponses ».(n° 56)
Nous voici donc, tous et toutes, invité(e)s à partager dans cette grande assemblée nos dons et nos inspirations, par le dialogue et le discernement, en vue « de manifester le don de l’Esprit pour le bien commun » (cf. 1 Cor 12, 7).
Le thème du Congrès, Passion pour le Christ, Passion pour l’humanité, s’inspire quant au discernement et aux propositions d’action, d’une double icône évangélique: celle de la Samaritaine et du Samaritain.
Ces deux personnages de Samarie, ont été choisis pour symboles : tous deux peuvent inspirer et indiquer une Vie Consacrée qui soit une réponse significative pour notre temps.
L’histoire de la Samaritaine nous suggère que la proposition que Jésus fait à ses disciples est inclusive. Jésus est venu mettre un terme aux divisions souvent créées au nom de la religion et de Dieu, avec les conséquences désastreuses que nous connaissons toutes et tous aujourd’hui. Le dialogue avec Jésus, touche la vie intime de la Samaritaine et celle de son peuple. Cette expérience la fait entrer dans un processus de conversion.
De la même manière, l’Esprit est à l’œuvre en chacun et chacune de nous. Une fois encore, Il nous invite, comme disciples de Jésus, à nous approcher de l’Évangile et à accueillir son invitation amoureuse à changer complètement de vie : à passer de l’individualisme à la solidarité ; de la froideur rationnelle à une sensibilité et une humanisation des relations ; des préjugés à l’accueil et au dialogue avec l’autre ; de la guerre à la paix et la justice ; d’une apparence de force et de pouvoir à une ressemblance plus étroite avec le Serviteur de Yavhé, et ainsi, d’être dignes de notre vocation de missionnaires de la Bonne Nouvelle !
l’Esprit nous interpelle : ne nous accommodons pas de l’ordre en vigueur, nous ajustant à une prétendue supériorité spirituelle ; ne croyons pas que notre consécration nous place par elle-même dans un processus automatique de sanctification et de témoignage du sacré. Bien souvent notre consécration devient pharisaïsme et contre-témoignage, et nous restons en marge de tout changement ou transformation, « cheminant par la vie sans appeler ni annoncer parce que nous pensons que nos œuvres justifient nos moyens et nos peurs », comme écrivait avec lucidité le P. Pedro Casaldàliga, dans sa réaction à l’Instrumentum Laboris. Et il continue : « Nous sommes habitués à devoir paraître discrets et raisonnables et à ce que la prophétie marque uniquement l’attitude de quelques-uns/unes d’entre nous. Nous avons peur de paraître ridicules, peur de la folie de l’Évangile. Nous avons peur de perdre notre sécurité personnelle ou communautaire. Nous pourrions contrarier certains bienfaiteurs, certaines autorités ou la hiérarchie. Nous avons peur de la croix et de la persécution, qui sont inévitables si nous désirons vivre notre marche à la suite du Christ dans sa radicalité».
La Vie Consacrée ne surmontera pas sa crise à moins d’entrer dans un processus d’évangélisation d’elle-même qui nous oblige à remonter à la source de laquelle a jailli notre histoire. Il nous faut nous laisser toucher à nouveau par la force et la puissance de transformation de nos charismes. Depuis toujours, nos fondateurs et fondatrices nous font comprendre clairement que notre charisme se réfère à une vérité évangélique puissante, capable de changer notre propre vie et la réalité qui nous entoure. Aucun de nos instituts n’est né pour se fixer dans une situation statique et privée de vie ; au contraire, ils sont nés pour la vie et pour libérer l’option pour les pauvres.
La rencontre personnelle avec Jésus a découvert à la Samaritaine un nouvel horizon de spiritualité et de sens de sa vie et, par suite, de celle de son peuple. Elle a osé dialoguer avec un juif étranger et s’est exposée à la nouveauté. Elle a osé aller au-delà de l’ordre établi pour trouver un sens au vide qu’elle portait en elle, et elle a trouvé un puits d’Eau Vive !
La parabole du Samaritain se situe après que Jésus ait béni le Père « d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits » (cf. Luc 10, 21). En réalité, le premier à essayer de confondre Jésus, est un « sage et un intelligent » - un spécialiste de la loi. Luc veut nous faire comprendre que la question qu’il pose à Jésus, « Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » (v. 25), il ne la pose pas parce qu’il s’intéresse à la vérité, mais « pour éprouver Jésus ». En lui retournant la question, Jésus montre clairement que le légiste savait déjà la réponse car il est capable de lui citer le commandement de la loi : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit ; et ton prochain comme toi-même ». Jésus lui dit simplement : « Tu as bien répondu ; fais cela et tu vivras » (v. 28). Mais l’homme insiste : « Et qui est mon prochain ? » (v. 29). Jésus ne tombe pas dans le piège : il n’entre pas dans une discussion théorique et stérile sur l’identité du prochain. Il se place au niveau existentiel en racontant la parabole du Samaritain. À la fin de l’histoire, il lui demande : « Lequel s’est montré le prochain de l’homme tombé aux mains des brigands ? » Obligé de reconnaître que celui qui s’est montré le prochain de l’homme blessé est un Samaritain, le légiste entend de la bouche de Jésus la conclusion : « Va, et toi aussi, fais de même » (v. 37).
Nous sommes invité(e)s à vivre une Vie Consacrée « samaritaine », assoiffée de Dieu et mue sans cesse par la pratique de la miséricorde ; toujours prête à se désinstaller, à quitter les lieux et les situations où elle se trouve, pour la mission. Cet appel déclenche en nous une crise et, si nous savons l’accepter, il déclenche un processus de discernement. Il nous faut du courage pour lire et accueillir les signes des temps et de l’audace pour agir prophétiquement. De cette manière, la Vie Consacrée passera de la préoccupation d’elle-même à la transparence, dans sa marche passionnée à la suite de Jésus-Christ. Et les personnages de Samarie nous disent clairement que le chemin pour y parvenir, c’est de s’approcher du monde des exclus, et de toutes les personnes ou de tous les groupes qui se trouvent hors du cercle des privilégiés dans notre société globalisée. Ce sont eux qui donneront à la Vie Consacrée le sens qu’elle cherche tant !
Chères sœurs et chers frères, soyez les bienvenu(e)s pour « vous immerger dans l’esprit du Congrès, qui consiste à accueillir la voix de l’Esprit de Dieu, à se laisser transformer et à entreprendre une nouvelle praxis »
Accueillir : cela implique une ouverture, l’écoute active, le partage de ce que l’Esprit nous propose et, pour des raisons évangéliques, nous laisser émouvoir.
Se laisser transformer : ce n’est possible que si nous demeurons ouverts pour savoir et discerner quels esprits nous inspirent.
Nous voyons se profiler un horizon nouveau ; c’est pourquoi nous rêvons de redonner un élan à la Vie Consacrée dans la force de sa spiritualité, de sa communion, de sa joie et de son espérance pour la mission.
Nous découvrons la valeur d’expressions nouvelles qui se font jour parmi nous et nous voulons accueillir et promouvoir ces nouvelles expressions comme un don de Dieu et une responsabilité.
Nous voulons renforcer la spiritualité et la mission que nous partageons avec le peuple de Dieu, renforcer la communion et la solidarité entre la Vie Consacrée féminine et masculine.
Nous voulons nous engager à vivre la Passion pour le Christ et la Passion pour l’humanité dans de nouveaux contextes. La Vie Consacrée est appelée à cultiver et à privilégier la passion pour Dieu et pour l’être humain, et à être aussi la voix, capable de s’interroger elle-même, là où elle est présente, partout dans le monde.
Soyez les bienvenu(e)s pour faire de ce Congrès une Bonne Nouvelle pour le monde. Nous sommes là pour continuer à être don de l’Esprit dans l’Église et dans le monde !
Sœur Therezinha Rasera Présidente de l’UISG
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