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Assemblée UISG – Rome, 9 mai 2007

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HOMÉLIE

Son Eminence Révérendissime Monsieur le Cardinal Franc Rodé, C.M.

Préfet de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique

 

 

Chères Soeurs,

 

1.         Je suis heureux de célébrer cette Eucharistie avec vous pendant l’Assemblée Plénière de l’Union Internationale des Supérieures Générales où, dans la réflexion, l’étude et la prière vous cherchez la manière de tisser au cœur de notre société une spiritualité génératrice de vie et d’espérance .

Je remercie votre Présidente, Sr Therezinha Joana Rasera, et le Comité Exécutif de m’avoir invité. Je les remercie pour engagement constant en faveur de la vie consacrée. J’adresse mes salutations et mes remerciements à vous toutes qui êtes appelées à assurer le service de l’autorité. Vous représentez ici le monde bariolé de la vie consacrée féminine. Merci pour votre témoignage de sainteté, pour votre amour du Christ et de l’Eglise ; merci de votre engagement généreux et dans exigeant pour guider vos Instituts avec abnégation et dans l’oubli de soi ; pour l’accompagnement vigilant, effectif et plein d’amour de vos sœurs qui vivent des situations de crise, de difficulté, de relâchement et même de chute. Merci pour le témoignage de vie évangélique et pour la fidélité quotidienne avec lesquels vous tissez l’habit aux mille couleurs de la vie de l’Eglise.

 

2.         Demeurez. Demeurez dans mon amour.

C’est la Parole de l’Evangile que nous avons entendue et qui aujourd’hui s’imprime dans notre cœur. Jean, le disciple de l’amour, la répète pas moins de six fois dans la brève péricope que nous venons d’entendre.

Cette parole bouscule notre vie, faite d’empressement, de choses à faire et à programmer.

Demeurez, faites une pause, réfléchissez. Savourez mon amour, nous répète aujourd’hui le Seigneur. Que de hâte dans notre façon de parler, dans notre manière d’entrer en relations, dans notre façon d’agir…que de hâte !

Le temps dans lequel le Seigneur veut nous faire entrer est celui de la paix, de la plénitude, de la dégustation savoureuse pour ensuite chercher encore.

            Demeurez dans mon amour et portez beaucoup de fruit : ces deux phrases reviennent sans cesse, comme une sorte de refrain. La morale de la fécondité dans les petites choses : dans les mots prononcés non par devoir ou par commandement, mais avec tout son cœur ; dans le sourire donné non par habitude, mais avec toute la vérité qui créée la communion ; dans la rencontre-partage qui guérit de la solitude. Trop souvent, nous aimons “par obligation” et tout de suite on comprend que c’est fait par devoir : alors les fruits sont vides, sans la pulpe savoureuse de l’authenticité.

Six fois aussi Jean répète l’expression en moi. Demeurez en moi. Portez du fruit en moi. L’action naît de la contemplation de son visage», du rester en Christ, pas simplement près de Lui, mais en Lui ; la contemplation n’est rien d’autre que la vision de l’œuvre de Dieu à laquelle nous sommes appelés à participer.

Nous connaissons certainement la phrase de l’Evêque et Martyr S. Irénée : « La gloire de Dieu c’est l’homme vivant et la vie de l’homme c’est la vision de Dieu ». [1] Vie et vision. Action et Contemplation.

« Contemplative dans l’action » pourrait être le qualificatif de la vie apostolique ; « active dans la contemplation » pourrait être celui de la vie de caractère monastique. Mais contemplation et action ne doivent pas et ne peuvent pas être divisées. La véritable opposition se trouve entre celui qui vit et goûte la présence du Seigneur et celui qui ne tient plus compte de cette présence parce qu’il l’a diluée dans une fausse religiosité ou dans un activisme excessif. Ce qui unit la prière et l’action c’est la charité c’est-à-dire l’action et le comportement qui expriment une relation intime avec l’Aimé.

 

3.         La gloire de mon Père c’est que vous portiez beaucoup de fruit

La Gloire de Dieu c’est la personne qui porte du fruit. Notre perfection, notre sainteté consiste dans la fécondité spirituelle. C’est là le grand défi.  Nous devons porter du fruit parce que sans notre part quelque chose manquerait à l’histoire. La qualité de notre existence sera jugée sur le fruit que nous aurons porté. Le jugement de Dieu ne portera pas tant sur les faiblesses, les faux-pas que sur l’amour. « A la fin de la vie - écrivait Saint Jean de la Croix – nous serons jugés sur l’amour ». [2]

Sans moi vous ne pouvez rien faire. C’est une affirmation qui doit être répétée plus que jamais dans le climat d’autosuffisance dans lequel nous sommes immergés.

Le monde occidental est victime « d’une culture caractérisée par la sécularisation, dans laquelle Dieu disparaît toujours davantage de la conscience publique, dans laquelle l'unicité de la figure du Christ s'évanouit et dans laquelle les valeurs formées par la tradition de l'Eglise perdent toujours plus de leur importance. Ainsi, pour la personne également, la foi devient toujours plus difficile : les projets de vie et la façon de vivre sont déterminés par le goût personnel »[3] . Ce sont les paroles du Saint Père aux évêques Allemands le 9 nov. 2006

La plaie du sécularisme peut pénétrer aussi dans nos communautés. Comme je le disais durant l’Assemblée des Supérieurs généraux en nov. 2006: « La culture sécularisée, en fait, est entrée dans l’esprit et dans le cœur même de certaines personnes consacrées et de certaines communautés,  perçue comme un accès possible à la modernité et une modalité d’approche du monde contemporain, avec toutes les conséquences : sequela Christi sans vrai renoncement ; prière sans rencontre ; vie fraternelle sans communion ; obéissance sans confiance ; charité sans transcendance ».[4]

Quels sont les “indicateurs” les plus manifestes de cette sécularisation qui pénètre aussi à l’intérieur de la vie religieuse ? C’est d’abord un langage vaguement spirituel, sans contenu explicitement chrétien; dans la diminution du temps consacré à la prière et aux actes communautaires ; dans la perte de visibilité de la consécration, tant personnelle que communautaire ; dans une orientation toujours plus prononcée vers des activités sociales et humanitaires, avec la conviction qu’elles sont plus importantes que la catéchèse et la liturgie ; dans une conception de la mission comme une activité de progrès social plus que comme un signe de l’espérance eschatologique.

 

4.            Comme consacrés (et consacrées) nous sommes appelés à construire l’unité de notre vie autour Christ: nihil amori Christi praeponere. Ne rien préférer à l’amour du Christ.[5] L’amour du Christ, la rencontre personnelle avec lui, a un caractère unique,  irremplaçable, un amour à qui on ne peut et on ne doit pas renoncer.

Cet amour, se nourrit de prière, dans laquelle nous faisons l’expérience la plus vivante, la plus authentique, la plus personnelle qui soit; il se nourrit de fidélité. De cette expérience naît le besoin d’une conversion, tant personnelle que communautaire, profonde et constante, le besoin de rester unis à lui comme les sarments à l’unique vigne. Ce qui éveille le désir de Le rencontrer dans l’expérience sacramentelle, surtout dans l’Eucharistie, et dans l’écoute attentive de sa Parole.

 

5.         Marie, la Vierge Mère, est celle qui, par excellence, a vécu l’union la plus intime avec Jésus : dans l’intimité de Nazareth, dans le silence de pleine adhésion à la mission de son Fils, sous la croix. Par son intercession demandons au Seigneur d’imprimer dans nos cœurs la blessure de Son amour, de nous maintenir toujours unis à Lui, pour porter des fruits abondants de vie éternelle.



[1] Saint Irénée de Lyon, Adversus haereses, 4, 20, 7.

[2] Saint Jean de la Croix, Avisos y sentencias, 57 : Biblioteca Mistica Carmelitana, v. 13 (Burgos) 1931, p. 238.

[3] Benoît xvi, Discours aux Evêques de la Conférence épiscopale de la République fédérale d’Allemagne, 10 novembre 2006

[4] Rode franc Homélie à l’occasion de l’Assemblée de l’USG, 22 novembre 2006

[5] Reg. S. Benedicti, c. IV e LXXII


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